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Les aventures de Nathalie Nicole Nicole de Marion Aubert, ou : la civilisation contient son propre fossoyeur

Posted on : 12-01-2009 | By : Aurelie | In : Art vivant (théâtre)

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Longtemps, j’ai trouvé que Marion Aubert n’avait pas le don des titres sexy.
J’ai snobé “Histrions (détail)”, à la Colline il y a deux ans en proclamant stupidement que je préférais voir des pièces en entier que des détails, et surtout une pièce sur des comédiens, c’est-à-dire une pièce mettant en oeuvre du théâtre dans le théâtre. Parce que c’est un ressort trop facile, parce que c’est trop vu.
Je sais, parfois, je suis trop con.

Je bénis donc l’abonnement “Full Monthy” du Théâtre des Treize Vents à Montpellier qui m’a obligée à prendre “Les aventures de Nathalie Nicole Nicole” pour remplir mon quota de treize pièces.

Et, là, alors que ce titre était un peu trop étrange pour être folichon… la pièce était du pur délire.
En gros, c’est l’histoire de Nathalie Nicole Nicole et de ses deux petits camarades : Michel Chef Chef, son amoureux, et Cléo, la plus moche de la classe (jouée par l’auteure), qui les aime tous les deux.
Après, ils vieillissent.

Dire que Marion Aubert a recours à des personnages enfantins pour profiter de la désinhibition de l’enfance et employer une langue délirante qui dirait la réalité du monde par son excès même, c’est-à-dire, un peu comme d’hab, en fait, ne serait pas exact. Au contraire, c’est plutôt l’inverse qui se produit : Marion Aubert parle une langue délirante et la mettre dans la bouche d’horribles enfants permet de la justifier (les enfants sont désinhibés), de la mettre à distance (si ce sont des enfants, c’est que ce n’est pas nous), mais également de la faire résonner dans l’esprit du spectateur (qui a été un enfant et a connu le système de l’éducation nationale décrit par l’auteure). Et donc de frapper plus juste.

Et comme si le texte ne suffisait pas, les comédiens aussi sont tous complètement cinglés.

Donc, maintenant, j’irai ventre à terre voir tout ce que crée Marion Aubert. Et je remarque que le titre de sa prochaine pièce est déjà plus accessible : “Orgueil, poursuite et décapitation (comédie hystérique et familiale)” elle en donne un résumé sur le site de sa compagnie, “Tire pas la nappe”, qui donne une idée plus générale de son écriture. Cette fille est folle :

L’AUTEUR. Voilà. Moi, je suis l’auteur de cette pièce. C’est une pièce en forme de labyrinthe. J’ai écrit cette pièce au fil d’un été difficile avec des perceuses en arrière fond. J’ai écrit cette pièce dans un contexte particulièrement difficile. A une époque particulièrement tragique de mon existence. Autour de moi, tout n’était que lucre, vanité, orgueil, et trahison. Et encore, je ne parle pas de la politique nationale. Cet été-là, trois bébés sont morts à l’arrière de leur voiture. Oubliés par leurs parents. Les russes en ont profité pour envahir la Géorgie. Et pour le moment, la France est trente-huitième aux jeux olympiques de Pékin. C’est dans ce contexte houleux que j’ai décidé d’inventer une nouvelle forme de pièce. Une pièce absolument nouvelle. Jamais vue nulle part auparavant. J’ai réussi à m’isoler grâce à une bonne dose d’opiniâtreté, et un sens du devoir hérité de mon père. Aux deux cents euros versés directement à la nounou par la CAF. Au soutien de mes ennemis. De mes amants. Grâce leur soit rendue ici. Comme cette pièce est un peu nouvelle et pleine de fraîcheur, j’ai pensé qu’il serait bon de vous accompagner dans la lecture et, le cas échéant, lors de la représentation. La pièce est parfois timide en événements. C’est voulu. C’est une pièce d’été. Languide. J’habite dans le sud de la France. J’écris très souvent nue. Pour la commodité de la représentation, je vais me mettre là. Lorsqu’il y a une erreur d’imaginaire, une saute dans le temps, un accident grave, une rupture brutale, vous pouvez me jeter des regards. J’essaierai de suivre au plus près l’actualité de ma propre pièce. C’est une pièce sinueuse, pleine de méandres et de bêtes imaginaires. J’avais, il y a quelques jours, eu l’envie de l’intituler “comédie animalière“ mais je n’aime pas tellement les bêtes. Elles ne me dérangent pas, mais je ne m’attache pas. Je ne m’attache pas spécialement aux bêtes. Je n’aime pas m’occuper des chiens sur la tournée. Ni des fauves. Ni des chameaux si on en a. Je n’aime pas les manifestations de joie des bêtes. Parlons plutôt des chonchons.

http://www.tirepaslanappe.com/

“Depuis que toutes les chaînes se livrent cette bataille pour l’audimat, parler de l’intelligence à la télévision, c’est comme si l’on distribuait des guides gastronomiques au Sahel.”[Guy BEDOS]

Posted on : 20-11-2008 | By : JN | In : 3615 MA VIE, Art vivant (théâtre), PAR(ad)IS

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Je suis sûr que vous devez vous dire : “Encore un gentil post du gentil JN, il aime tout, il ne critique que peu…Nous on préfére les post méchants et saignant d’Aurelie…[blablabla]…Remboursez!!”
Que neni, damoiselles et damoiseaux, que nenni!

Parlons un peu d’une “fââââbuleuse” comédie musicale, montée par un jeune auteur-compositeur plein d’audace (sous-entendu, il n’a pas souhaité adapter un classique ou un fait historique), nommée AUDIMAT

Deux mots sur le pitch : “Passion, humour et trahisons…dans les coulisses de la télévision ! Deux chaînes télé concurrentes engagées dans une course effrénée à l’audimat. Deux producteurs plus ou moins scrupuleux qui rivalisent de coups pendables pour attirer sur leurs antennes les présentateurs vedettes du moment. Et le chœur des ménagères de moins de 50 ans qui, finalement, fait la pluie et le beau temps sur le petit écran…” 

Audimat

Jusque là tout va bien…Puis le rideau s’ouvre et “C’est la caca…C’est la cata…C’est la catastrophe!” (Merci Bernard, l’Inconnu)

Des costumes se voulant kitsk et bigarrés (merci, Brice) mais de référence classique (Les demoiselles de Rochefort – et là le pauvre Jacques DEMY a dû se retourner dans sa tombe) qui frisaient le ridicule, des actrices à la voix nasillarde, des acteurs suant et essouflés, un humour ni fin ni potache (sic!), une histoire d’amour auquelle personne ne croit, des chorégraphies répétitives et répétées (à rapprocher de la routine de Ross et Monica : ici mais sans le fun - Kamel Ouali vient les aider! Au moins avec ton DVD) le tout saupoudré d’une lourdeur linguistique et lexicographique, d’une musique d’ascenceur trop forte et de décors en carton-pâte (bougés de manière parfois périlleuse par les comédiens durant les parties chantées!)

Une mention spéciale, pour la touche dédiée au Sartorialist, les “ménagères de moins de 50 ans” portaient sous leurs robes des superbes tregging-tunique-corsaire !! Et là, en choeur : “Wahhhhoooouuuuu….”
Mais c’est quoi un tregging-tunique-corsaire, au fait?
C’est simple, tu prends Olivia (de Grease), un Teletubbies et un gentil bavarois en costume traditionnel et tu secoues au shaker et pas à la cuillère…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dés que je trouve une photo (nette et bien orientée) de la pièce, je vous l’attache pour vraiment vous rendre compte…Sinon, jettez un coup d’oeil, ici !

 Donc, pour conclure, courez ! (Mais dans la direction opposé au Trianon…)

“Je tremble” de Joël Pommerat aux Bouffes du Nord, ou : du David Lynch en art vivant

Posted on : 01-10-2008 | By : Aurelie | In : 3615 MA VIE, Art (pour l'art), Art des chiffons (mode), Art moyen (photo), Art qui bouge, mais en plus petit (TV), Art vivant (théâtre)

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Landau qui commence à chuter du quai du port du Cuirassé Potemkine jusqu’au quai de la gare des Incorruptibles, mises en scène et en abyme, intertextualité…l’art imite l’art, et se fout complètement de la vie.

http://analysefilmique.free.fr/analyse/c/pcuira4.jpg

Les Incorruptibles - Kevin Costner

Et hop, je le rattrape

Vous me direz, Christine Angot raconte bien sa vie dans ses romans.
Certes, mais comme le rappelle Woody Allen, «la vie n’imite pas l’art, la vie imite la mauvaise télévision».
De là à dire que la littérature de Christine Angot ressemble à de la mauvaise télévision… La télévision a au moins pour but de détendre son public, non ?
Mais là n’est pas le problème.
La particularité terriblement intelligente de la mise en scène de «Je Tremble» de Joël Pommerat au Théâtre des Bouffes du Nord, c’est qu’elle rend hommage à un art à travers un autre.
Un spectacle d’art vivant qui rend hommage au cinéma qui rend hommage à l’art vivant, mais qui rend également hommage à la littérature qui rend hommage à l’art vivant.
«Je Tremble» rappelle la scène de théâtre dans «Mulholland Drive» : jeux sur les play-back, couleurs en a-plat, costumes de scène brillants, évocation du rêve, danses burlesques.

Mulholland Drive

Impossible de trouver la scène du théâtre sur le Net, voici une scène d’enregistrement

Mais on y retrouve également les scènes de torture d’ «American Psycho», dont l’atrocité est précisément décrite par Bret Easton Ellis et qui sont mises en scène en arrière-fond.

American Psycho - Christian Bale

C’est terriblement efficace, et on touche, comme le souligne Lynch qui rappelle la proximité entre rêve et théâtre (“Silenzio”), au fondement de l’illusion dramatique. J’avance en désignant mon masque. Larvatus prodeo (eh ouais, quand je m’enflamme, je parle latin).

Cette proximité entre rêve et théâtre est également soulignée par Claudel dans «L’échange», mais il s’agit d’une mise en abyme simple (du théâtre au théâtre) et non une mise en abyme réflexive (du théâtre au théâtre en passant par le cinéma).
C’est parce qu’elles passent par la médiation des images cinématographiques et littéraires que ces références peuvent se déployer avec force et excès.
C’est la médiation par le cinéma et la littérature (arts figés) qui permet de rappeler à quel point l’art vivant est… vivant.
Ainsi, l’évocation des scènes qui se veulent réalistes (réaction de la famille face au retour de la fille droguée), sont-elles particulièrement réalistes dans leur excès. C’est bien la vie qui s’y déploie.
Résultat : un des spectacles les plus fort qu’on ait vu ces derniers temps.

Eric Elmosnino, je t’aime

Posted on : 26-02-2008 | By : Aurelie | In : Art vivant (théâtre)

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Eric Elmosnino, tu es un comédien extrêmement cérébral, comme Denis Podalydès, mais plus physique que Podalydès (faut-il qu’on présente Podalydès), et tout à fait physique, comme Nicolas Bouchaud, mais plus cérébral que Bouchaud.

L’échange de Claudel mis en scène par Yves Beaunesne, ou : pour mettre en scène du Claudel, il suffit de mettre en scène le contexte plutôt que le texte

Posted on : 18-02-2008 | By : Aurelie | In : Art vivant (théâtre)

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L’action de la pièce se passe aux États-Unis. Une jeune femme poétique et forte se heurte, démunie, au monde hostile. C’est le genre de personnage que l’on pourrait trouver dans "La Ménagerie de verre", sauf que "La ménagerie de verre", c’est quand même super faiblard. Et pour montrer que Claudel, sur un propos équivalent, c’est quand même ‘achement plus fort que Tennesse Williams, il suffit de mettre en scène Claudel… comme si c’était du Tennesse Williams. Donc, figuration d’une maisonnette en clair-obscur, belle actrice très sophistiquée et cinématographique, jeune femme simple et sensible, un milliardaire fataliste… les codes de la représentation théâtrale de l’Amérique sont bien là. Une direction d’acteurs très physique, chorégraphique et exigeante (tous gardent une présence sur scène même quand ce n’est pas leur tour de dire leur texte, ce qui est trop souvent négligé). L’absence de temps morts, on n’est pas là pour laisser s’envoler en contemplation la poésie du texte (comme la lecture de Trissotin), mais pour s’en imprégner. Un principe théâtral découvert récemment : la vitesse facilite la compréhension. La prise en compte du contexte, la mise en scène physique, l’absence de temps morts… pour mettre en valeur le texte et lui permettre de se déployer, il faut donc juste lui donner le bon engrais. L’image a été honteusement volée sur le blog Tous en scène, avec un bonne critique, de surcroît. J’ai vu la pièce dans l’étonnant domaine de Bayssan, près de Bézier, mais ça tourne en France, allez-y.

Les vivants et les morts de Mordillat mis en scène par Julien Bouffier, ou comment faire un spectacle populaire sur le peuple

Posted on : 15-02-2008 | By : Aurelie | In : Art vivant (théâtre)

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"Les vivants et les morts" s’est joué à l’automne dernier au théâtre des Treize vents de Montpellier, et tourne actuellement en France (courez le voir si c’est près de chez vous, c’est un ordre). La "Saison 2" continue l’an prochain. Et c’est bien là l’enjeu. Les Vivants et les Morts