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“Ellen et les garçons” ou Juno, le Feel-Good-Movie du cinéma indép’ américain!

Posted on : 19-05-2009 | By : JN | In : Art qui bouge (ciné)

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Oui, je sais, j’ai 1 an, 3 mois et 12 jours de retard sur cette review mais bon, premièrement, il faut savoir se faire désirer et secondement, que celui qui n’a jamais été en retard me jette la première pierre !

Ça s’est fait… !!

Rendons à César ce qui appartient à César!
Et non, pas le gentil chien blanc de la pub pour le pâté de volaille ni celui qui compresse des trucs pour magnifier l’égo d’acteurs parfois douteux…

cesarcesar2

 

 

 

 

 

 

Et à Debbie ce qui appartient à Debbie soit : le concept de Feel-Good-Movie.
Ce dernier qui résume assez bien ma pensée, après la projection de ce film a donc été ignominieusement pillée à Debbie – que je remercie, et dont je souligne le mordant de certains de ces articles bloguesques, ici.

Roulement de tambours et trompettes…Qu’est ce qu’un Feel-Good-Movie ? (ou pour les non-anglophones, je crois qu’il en reste un… « un film qui te fait te sentir good »)

“C’est donc un film indépendant avec des personnages plutôt intello portant des vêtements qui ne vont pas ensembles (bah oui, ils lisent des livres et aiment les films de Truffaut, ils ne vont pas en plus bien s’habiller), des dialogues brillants, un humour doux-amer, une B.O pointue (folk, antifolk, indé…) des histoires a priori banales mais finalement tellement touchantes, et un sourire grand comme ça à la sortie du cinéma.”

Tout est dit, merci Debbie!

Après la synthèse, rentrons un peu dans les détails… Et pour un pitch institutionnel, merci Allociné, ici!

Perso, j’ai été fan, complètement et totalement fan !

La simplicité touchante du générique de fin (bien sûr, je ne veux pas spoiler la fin pour les quelques rares personnes qui ne l’auraient pas encore vu…) sur un tube des Moldy Peaches, l’esthétique graphique du générique d’entrée, la bande-son rock indépendant US de génie (Cat Power, Belle et Sebastian, Sonic Youth, Velvet underground…), le casting sans-faute des jeunes acteurs et des vieux briscards et bien sûr le scénario qui fracasse les préjugés, pré-requis et autres tabous…

juno_soundtrack

Côté casting, les jeunes d’abord, et à tout seigneur, tout honneur : Ellen Page, éblouissante dans son rôle de petite rockeuse qui a un sens de la répartie fabuleux, piquant, incisif et tellement pertinent (à l’image d’une Becca de Californication, pour les aficionados) mais qui, sous sa carapace, n’est que vulnérabilité et sensibilité à fleur de peau ; un chaperon rouge, qui a déjà vu le loup et n’a pas été mangé ! Puis, Michael Cera, qui vient de la TV et plus particulièrement d’Arrested Development, jouant un ado, un peu lourdaud mais très attachant (d’ailleurs dans la même veine, je conseille très fortement Nick and Norah’s Infinite Playlist !).

nickandnorah_9078

(Je sais, l’affiche ne semble pas top-top comme ça mais je vous promet que ce n’est pas une guimauve pour ado boutonneux…)

Les anciens, ensuite avec Jason Bateman (le père de Michael dans AD !), en compositeur encrouté, qui rêve encore d’être une rock-star, tout en composant des jingles de pub ; Jennifer Garner, qui n’Alias pas, pour notre plus gros bonheur (et pour les autres, les DVD sont sur Amazon !) ; Allison Janney, qui ne West Wing pas, pour notre plus gros malheur (et pour les autres, les DVD sont chez moi ou sur Amazon ! En coffret complet, petits veinards…)

juno2

 

Tous ces points positifs ne devraient pas nous faire perdre de vue que l’intérêt principal de ce film est avant tout le scénario poil-à-gratter qui traite d’un sujet glissant et casse-gueule, tout en prenant le contre-pied des conventions, à savoir la grossesse d’une adolescente et son rapport à l’avortement ; le tout, loin des dialogues à la « American Pies » mais tissé de légères subtilités spirituelles et incisives !
A contrario d’un scénario républicain et desperate-housewivien, notre jeune Punky Brewster (soutenue inconditionnellement par son papa et sa belle-mère) va considérer puis refuser l’avortement pour trouver un gentil couple de yuppies pour s’occuper du bébé et retourner jouer de la guitare sur un muret.

Un film anticonformiste, grinçant et décapant, définitivement subtil, qui n’est que du bonheur pour les oreilles et les yeux. Du très bon cinéma indépendant US !

Et avant de conclure, deux choses qui font que Juno passe d’un très bon film à un très-très-très bon film : la première est le téléphone-hamburger (et sachez, chers tous, que je suis prêt à payer très cher pour avoir le même !) et la seconde est la référence à ce dessin animée fabuleux, fantastique, fondateur (voire culte mais il n’y a pas de F) qui est…les COSMOCATS (je suis sûr que vous voyez de ce dont je parle, les gars !!!)

(Remerciements et credits pour les photos à qui de droit!)

juno_hamburger1cosmocats8

 

Je n’ai pas aimé Slumdog Millionnaire, ou : seule contre tous

Posted on : 04-03-2009 | By : Aurelie | In : Art qui bouge (ciné)

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Parfois, je doute, quand même. Ce film a créé la surprise aux Golden Globes, survolé les Oscars, a été unanimement salué partout. Et j’avoue que je l’ai trouvé sympa, mais vraiment sans plus.
Lourdingue.

affiche_slumdog_millionnaire

La superposition de deux narrations – et les flash-back qui font avec – constitue un système extrêmement subtil. L’exemple qui me vient à l’esprit est “Le péril jeune”. Dans “Le péril jeune”, les deux plans narratifs étaient très déséquilibrés le “maintenant” (attente dans la salle d’attente qu’Elodie Bouchez accouche) était réduit à la portion congrue et ne servait qu’à éclairer “l’avant” (la classe de terminale) et la juxtaposition de plusieurs personnages permettait de multiplier les points de vue. Les allers-retours se faisaient par le biais des associations d’idées et la foultitude d’anecdotes du lycée permettaient de contrebalancer ce moment d’attente (à moins que ce ne soit l’inverse). Parfois, “les sauts” temporels se faisaient à l’intérieur même d’un de ces plans narratifs. Intelligent, bien fait. Léger, subtil.

le_peril_jeuneet classe, aussi

Version “Slumdog Millionnaire” : un “maintenant” réglé de manière mécanique (jeu télévisé mondialement décérébrant) qui est éclairé par un “avant”. A moins que ce ne soit l’inverse. La circulation entre ces deux plans narratifs se fait par le biais des questions et oh! incroyable, les réponses se trouvent dans la vie du jeune Jamal dans l’ordre chronologique. ça tombe trop bien. Du coup les personnages se trouvent ultra-simplifiés (un super gentil, un méchant qui se rachète, une gentille, un super-méchant). Sympa, mais lourd.

slumdog_millionnaire_jeu_2

Sympa, parce que Danny Boyle a du métier et que la réalisation est toujours parfaite (la scène de poursuite dontt tout le monde parle…). Sympa, parce que le sous-continent nous gratifie de gens comme Dev Patel, à la fois élégant, félin, sensuel, et parfaitement choupi. Sympa parce que le côté mécanique de la narration permet de faire ressortir le bordel indien. Et que le bordel indien est super sympa.

slumdog_millionnaire- T’es choupi, tu sais. -Embrasse-moi.


Mais bon, de là à rafler 8 Oscars…

Il Divo, ou : quand la vie imite la mauvaise télévision, il faut vraiment faire du grand art

Posted on : 02-02-2009 | By : Aurelie | In : Art qui bouge (ciné)

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affiche_il_divo

Avec l’histoire italienne des 35 dernières années, on pourrait faire un film de Costa-Gavras.

z_costa_gavras
Meurtres, sociétés secrètes, complot, trahisons, mafia, pouvoir, archives, témoignages, raison d’État, tous les ingrédients sont présents pour faire une série télé bien glauque, ou un film “à message” bien torturé, qu’on nous resservirait le dimanche soir dans une soirée “Thema” sur l’Italie fin de siècle. Un film plein de réflexion qui ferait réfléchir.

Amen

Mais bon, l’histoire italienne réelle est suffisamment tragique pour que la moindre parcelle puisse faire l’objet d’un grand film compliqué.
D’ailleurs, c’est un genre qui se pratique depuis quelques années, comme l’ont montré Gomorra et Romanzo Criminale.

Quand on essaie d’avoir un point de vue global, on achoppe toujours sur le même personnage : Giulio Andreotti.
Or, il se trouve qu’Andreotti est un personnage pince-sans-rire, fuyant, voûté et immobile. Par ailleurs, il a été acquitté de toute collusion avec la mafia en 1999. Pas du gibier cinématographique, donc.

Difficile dans ce cas de faire un film costagavrasien avec un personnage inexpressif sur lequel les allusions glisseraient comme les accusations ont glissé toute sa vie.

assemblee_italienne_il_divo

L’idée de Paolo Sorrentio, à savoir de jouer la surenchère cinématographique est donc très forte. Musique anachronique, surimpressions maniéristes, plans audacieux et séquences ouvertement oniriques, le tragique pourtant présent (la séquestration d’Aldo Moro) est esthétisé à la mesure de son absence dans la psyché du personnage principal : réduit à un artefact sans profondeur mais lancinant (une seconde migraine).

il_divo_aldo_moro

Ainsi, ce film surtitré “la vie spectaculaire de Giulio Andreotti” peut-il à la fois accuser le personnage, tout en le raillant, mais en lui gardant un côté sympathique. La bouffonnerie permet de rendre la complexité.
C’est très fort et très réussi.
Et tous ceux qui ont dit le contraire seraient les premiers à se rouler par terre si le réalisateur avait été non pas italien, mais coréen ou taïwanais.
Quant à Andreotti, il a dit du film “Je dirai à ma femme de ne pas aller le voir”, ce qui correspond parfaitement à son personnage cinématographique, et ça, c’est quand même bon signe.

Quantum of solace, ou : James Bond au temps de Jason Bourne

Posted on : 05-01-2009 | By : Aurelie | In : Art qui bouge (ciné)

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Mais pourquoi TOUT LE MONDE a dit du mal du dernier James Bond ?
Alors que TOUT LE MONDE avait encensé Casino Royale qui était quand même un sommet de beaufitude ?
James Bond s’adonnant à des occupations de beauf (le poker), dans un smoking de beauf, avec une meuf de beauf.
Et la critique avait été unanime. Dithyrambique.

Poker, ton univers impitoyable

Seulement, un autre espion solitaire était apparu entre-temps. Et son nom est Bourne, Jason Bourne.
Comme l’a dit Matt Damon dans une interview, la différence entre James Bond et Jason Bourne, c’est que le second est un “monogame veuf dépressif qui cherche la vérité”, alors que le premier est un “tueur cynique qui dit des blagues en sifflant des cocktails”. Matt Damon n’a pas parlé de “beauf”, parce que le concept équivalent est le “redneck”, et que James Bond ne peut pas vraiment être un “redneck”, notamment parce qu’il est anglais. Mais l’idée était bien là.

C’est hors-champ que ça se passe

Un minuscule extrait de Jason Bourne sert à ringardiser l’ensemble des aventures de James Bond. Cohérence des couleurs, montage serré, prise en compte non gadgetesque de la technologie qui crée une image en quatre dimension, puisque le hors-champ est également une composante de l’image… Un monde de brutes, mais que de finesse.

Donc, James Bond ne peut plus évoluer dans un monde sans Bourne.

D’ailleurs, de quoi parle “Quantum of Solace” ? Je vous le donne Émile : un James Bond électron libre, désespéré par la mort de sa femme qui parcourt le monde pour la venger. C’est-à-dire, en gros, un “monogame veuf dépressif qui cherche la vérité”. Un gros pompage de scénario, donc. Ou un “plagiat mental”, comme dirait Camille Laurens.
Cette compétition entraîne des scènes extrêmement bien construites, inimaginables dans le délire kitsch en Technicolor dans lequel évoluait le vieux Roger Moore (la scène d’enchères dans l’opéra, où les gens communiquent par oreillette)… mais qui dérapent parfois dans le pur plagiat (notamment la scène de combat canif vs ciseaux dans un hôtel d’Haïti qui rappelle fortement une scène de combat bic vs canif dans un quartier de Casablanca), ou qui dérapent dans le mauvais goût (la scène de poursuite sur l’air de “Tosca”, où les monteurs ont été incapables de décider quoi faire et qui mélange kitschement sons et images alors qu’il aurait été beaucoup plus intéressant de zapper les bris de verre et les coups de feu pour avoir une séquence épurée).

C’est quand même pas parce qu’il y a Amalric qu’on est chez Desplechin pour autant…

A l’avenir, donc, le nouvel enjeu de James Bond est de ne pas devenir un Jason Bourne kitsch.
Il va y avoir du boulot.

octopussy

Tropic Thunder de Ben Stiller, ou : le dépassement du méta (si, si, ça veut dire quelque chose)

Posted on : 15-12-2008 | By : Aurelie | In : Art qui bouge (ciné)

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Tonnerre sous les Tropiques - Affiche américaine

Le recours au méta (discours sur son objet) est un des ressorts les plus éculés du film parodique.

Souvenez-vous du faux Dark Vador qui finit au milieu des techniciens du film dans “La folle histoire de l’espace”.

La Folle Histoire de l'espace

Tiens, c’est le mec qui joue le crétin dans "Ghostbusters" et dans "Chérie, j’ai rétréci les gosses". Quelle carrière, mes amis !


Mais également des critiques de Wayne à propos du mauvais figurant dans “Wayne’s World 2”.

On n’oublie pas non plus le décompte des morts qui fait élire “Hot Shots 2” “Bloddiest film ever made”.

Et puis de tout "Last Action Hero" (il faudrait que je fasse un post sur ce film injustement oublié).
(Eh ouais, aujourd’hui, on sort ses classiques).

Donc, avec “Tropic Thunder”, ça partait bien, parce que le film en lui-même est intégralement un film “méta” : un film qui met en scène un tournage de film. Un peu comme “La nuit américaine”, tout à fait, sauf qu’à part ça, ça n’a rien à voir.

La Nuit américaine - Jean-François Stévenin, François Truffaut et Nathalie Baye

Tonnerre sous les Tropiques - Steve Coogan

François Truffaut, Ben Stiller, même combat


Parce que, alors que “La nuit américaine” montrait des comédiens au travail et cherchait à montrer combien ils ont des émotions fortes, “Tropic Thunder” montre des comédiens qui sont censés bosser (ils savent que des caméras les filment), mais qui en fait préféreraient être payés à rien foutre, et doivent par ailleurs survivre au milieu d’une jungle hostile.
Vous voulez un spoiler ?
Et bien, à la fin, ils s’en sortent tous.
C’est le principe d’un film parodique méta, en même temps. ça finit bien.

C’est outrancier, c’est crétin, c’est du Ben Stiller, l’inventeur du coiffage au sperme.

http://www.premiere.fr/var/premiere/storage/images/diaporama/mary-a-tout-prix/mary-a-tout-prix-there-s-something-about-mary-1997__9/2144190-1-fre-FR/mary_a_tout_prix_there_s_something_about_mary_1997_reference.jpg
Donc c’est un film qui mérite de figurer en bonne place dans la liste sus-citée, entre “Hot Shots” et “Y a-til un pilote dans l’avion”.
Cependant, ce film met en oeuvre de manière bien plus subtile (n’ayons pas peur des mots) le rapport entre l’artifice et la réalité dans la construction d’une image cinématographique

Le pitch, c’est que des comédiens faignants venus tourner un film sur la guerre du Viet-Nam sont lâchés dans la nature par leur réalisateur pour qu’ils trouvent un peu d’authenticité (ils sont censés jouer et être filmés par des caméras invisibles) et arrêtent de jouer les divas. Après la mort accidentelle de ce dernier, ils se trouvent livrés à eux-mêmes dans la jungle, où ils font face à de multiples dangers inattendus (ils ne jouent donc pas).

Tonnerre sous les Tropiques - Jack Black, Robert Downey Jr. et Ben Stiller
Cependant, ces dangers les placent dans des situations comparables à celles du script (qu’ils reproduisent inconsciemment puisqu’ils ne jouent pas).
Or, la toute dernière partie du film *spoiler* les montre en train de rafler tous les Oscars avec leur prestation non jouée.
Cette idée recoupe le cliché de l’acteur “naturel” qui “s’approprie son rôle et ressent vraiment les émotions”.
Bref, c’est un point de vue qui ne contredit en rien les clichés habituellement véhiculés par les médias spécialisés et par les acteurs eux-mêmes.
Assez bien foutu, très marrant, mais pas très original en soi.

Mais là où le film prend une distance avec le cliché qu’il met en oeuvre et où l’on voit que Ben Stiller, en plus d’être, en plus d’être outrancier et crétin, est aussi très très intelligent, c’est que le jeu entre réalité et artifice est présent également entre le film “Tropic Thunder” et la réalité des acteurs qui l’interprètent.
Le même rapport entre la réalité et sa représentation est donc présent à deuxième niveau, mais il est COMPLETEMENT DIFFERENT.
Et cela se voit concernant un personnage en particulier, celui joué par Robert Downey Jr.
Robert Downey Jr. joue en effet un acteur multi-oscarisé blanc qui joue le rôle d’un officier noir dans les années 70.
Donc, un brother sorti du ghetto et fortement politisé.
Acteur de la méthode, l’acteur que joue Downey ne se départit jamais de son personnage et garde l’accent du Bronx en permanence.
Mais à la fin du film, ayant beaucoup appris lors de son séjour dans la jungle, il laisse tomber ses oripeaux pour être vraiment lui-même, décolle sa perruque crépue et enlève ses lentilles noires pour laisser à l’air libre ses cheveux blonds et ses yeux bleus, qui irradient l’écran comme les dents des cagoles qui sourient dans les pubs pour dentifrices.
Tonnerre sous les Tropiques - Robert Downey Jr. et Ben Stiller
Ainsi, c’est en jouant au naturel (c’est-à-dire, peu ou prou, sans jouer) que Robert Downey Jr. va pouvoir participer aux Oscars

Sauf que RDJ n’est absolument pas blond aux yeux bleus.
Ben non, en réalité, il est plutôt comme ça :

Rachel McAdams, Robert Downey Jr et Kelly Reilly lors de la Conférence de Presse de Sherlock Holmes - Sherlock Holmes

Des cagoles aux bras

Donc, Ben Stiller s’ingénie à brouiller le message qu’il délivre sur le rapport entre réalité et fiction : alors que son film conforte le spectateur dans l’idée que les acteurs sont d’autant meilleurs qu’ils sont naturels et ressortent leurs émotions au plus profond de leur être sensible à fleur de peau qui a besoin de s’exprimer sinon ils étouffent, il montre que le cinéma, ce n’est que de l’artifice ; et que l’identification de l’artifice fait également partie du plaisir du spectateur, au même titre que l’illusion dramatique. C’est parce qu’on voit comment c’est fait qu’on peut dire que c’est bien fait. L’art ne cherche pas la vérité, il cherche la justesse.

Sinon, comment expliquer les comédies musicales ?

Burn after reading des frères Coen, ou : existe-t-il une Confédération des Crétins ?

Posted on : 08-12-2008 | By : Aurelie | In : Art qui bouge (ciné)

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Les Frères Coen font sempiternellement le même film : des crétins essaient d’arnaquerhttp://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/65/71/80/18991610.jpg des gens censément plus forts qu’eux, mais qui se révèlent être aussi des crétins.

A la différence des autres films des deux frérots, qui placent les crétins dans un univers désert et un brin hostile (Arizona, Minesto, California), “Burn after reading” place des crétins au coeur de Washington, DC. C’est-à-dire, au coeur du pouvoir, visible, mais également du pouvoir occulte. Des espions, des agents doubles, des agents triples. Washington, c’est typiquement le genre d’endroit où la vérité est ailleurs, et où nous sommes dépendants de forces occultes qui nous gouvernent.
Les personnages aux prises avec des forces occultes qui nous gouvernent sont un grand classique des films qui se passent à Washington.
D’ailleurs, les films qui se passent à Washington sont souvent des films sur les forces occultes qui nous gouvernent.

Les références à ce genre de film sont d’ailleurs présentes de manière appuyée dans “Burn after reading” : reproduction de scènes (comme la scène du faux touriste), musique de film d’espion, répliques de films d’espions (les deux dans la sublime scène avec Brad Pitt et Malkovitch), réflexes de films d’espions vintage (aller donner des documents à l’ambassade de Russie vingt ans après la fin de la guerre froide, il faut vraiment vivre dans un film d’espion), ellipses narratives puisque le reste de l’action se déroule comme dans les films d’espion.

Sauf que chez les frères Coen, les espions sont au chômage ou commis aux affaires de divorce, et que ce ne sont pas eux la puissance occulte qui nous gouverne.
Ces espions et autres CSP+ pourraient mener une petite vie tranquillou.
Mais ils sont arrêtés par une puissance occulte.
Car il y a bien une puissance occulte qui nous gouverne, et c’est pour ça que situer le film à Washington pour opérer ce transfert de pouvoir occulte etc. est très malin.
Cette puissance occulte n’est dévoilée que dans la scène finale, qui est une grande matière à réflexion : c’est la League of Morons (in French : “La Confrérie des Abrutis”). Or, il s’agit là d’un fertile terreau de réflexion : effectivement, notre époque n’est-elle pas dirigée en sous-main par une Confrérie d’Abrutis en train de se liguer pour désorganiser nos vies bien réglées ?

Burn After Reading - John Malkovich

La scène finale (pas de spoiler chez nous!)

En tout cas, de nombreuses pages ont été écrites sur cette question, qui creusent le sujet avec constance.

Ici

Ici

Ici

Et ce n’est pas le moindre apport de ce film que d’avoir soulevé l’existence de cette Confrérie. Une fois que l’on a mis un nom sur ces forces occultes qui nous poussent à reprendre des papiers administratifs, à faire des files d’attentes indues, on regarde les responsables comme s’ils étaient des taupes de cette League of Morons qui nous gouverne.

La vérité est ailleurs.

Be Happy, de Mike Leign, ou : anti film d’apprentissage

Posted on : 31-08-2008 | By : Aurelie | In : Art commercial (pub), Art des chiffons (mode), Art moyen (photo), Art qui bouge (ciné), Temps Perdu

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Be Happy

«Be Happy» c’est l’histoire d’une nana fofolle au début, qui est vachement adulte à la fin.
Roman d’apprentissage, me diras-tu.

Sauf que pas du tout, parce qu’à la différence du Jeune Werther, Poppy ne change pas d’un iota entre la première image (où elle fait du vélo dans une tenue bariolée) et la dernière (où elle fait de la barque dans une tenue bariolée). Elle vit au milieu d’enfants (elle est instit) et n’a toujours pas son permis (le rite de passage dans la vie d’adulte).
Le personnage ne connaît aucune évolution, ce qui constitue un schéma narratif relativement original.
D’ailleurs, comme ça, là, maintenant, pouf, je n’ai aucun autre exemple qui me vienne à l’esprit d’un personnage qui n’évolue pas au cours d’un livre ou d’un film.

Be Happy - Sally Hawkins

Donc, pour faire une narration avec un personnage qui n’évolue pas mais qui devient adulte, c’est donc qu’il faut faire évoluer les autres personnages, si vous me suivez bien.
C’est là qu’entrent en scène des seconds rôles particulièrement gratinés.
Sa prof de flamenco démentielle, qui vient de Séville, «ville connue pour ses merveilleuses oranges, que, vous, les Anglais, transformez en marmelade dégueulasse».
Son moniteur d’auto-école psychorigide, qui voit la route comme le territoire d’un complot.
Sa soeur enceinte hystérique et castratrice (oui, tout ça à la fois).

Les personnages qui jouent le plus aux adultes pètent tous un cable à un moment où à un autre.
Or, la manière dont ils pètent leur durite rèvèle très exactement leur décalage interne : ils se définissent de manière extérieure.
La prof de flamenco prend son rôle trop au sérieux.
La soeur répète sans cesse qu’il faut être adulte.
Le moniteur d’auto-école reprend ses esprits en disant : «je suis un bon prof».
Ce sont donc des personnages qui placent leur équilibre dans une définition externe, et qui explosent au contact de Poppy à qui l’idée de se référer à autre chose qu’à elle-même ne vient pas à l’esprit, surtout pas quand il s’agit de ne pas assortir un collant violet à une jupe rose, un pull bleu et des bottes jaune
Be Happy - Eddie Marsan et Sally Hawkins

Poppy regarde les personnages exploser.
Et Poppy la fofolle sait toujours réagir de manière parfaitement juste dans toutes les situations.
Elle n’hésite pas, elle est adulte.
C’est le regard du spectateur qui possède le point de vue englobant, qui change pour percevoir toute la sagesse du personnage qui trouve sa vérité en lui-même et non dans les autres.
La définition de la sagesse change.
Et des films qui te font revoir tes définitions, reconnais que ce n’est pas courant.
Be Happy - Sally Hawkins

Même s’il faut le dire, Poppy, on a parfois envie de lui filer des baffes pour qu’elle se taise.
Be Happy - Alexis Zegerman et Sally Hawkins

Et que je parle, et que je parle…

Sur le concept de “film avec des policiers”

Posted on : 25-07-2008 | By : Dirty Monkey | In : Art qui bouge (ciné)

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Certains, sur ce blog où j’écris pour la première fois, me reprochent de n’aimer – je cite – “que les films avec des policiers”.

C’est faux. J’aime aussi les films où l’on trouve :

  • des shériffs
  • des US Marshalls
  • des détectives privés
  • des gendarmes
  • des agents secrets
  • des gardes frontières
  • de la police militaire
  • des agents de l’ATF (alcohol, tobaccos and firearms)

Citons, en donnant un film par type de représentant de la force publique autre que policier au sens propre: Warlock, The Fugitive, Chinatown, Ne le dis à personne, The Bourne Trilogy, The Three Burials of Melquiades Estrada, In the Valley of Elah, Déjà vu (même si ce dernier n’est pas terrible, OK).

À l’inverse, les films qui mettent en scène des agents de la NSA sont, à mes yeux, tous profondément piteux. Et les choses se gâtent lorsque l’on mélange les genres. La présence simultanée, par exemple, de policiers, d’agents secrets (surtout lorsqu’ils appartiennent à des agences concurrentes et portent des habits où sont inscrits en très très gros le nom des dites agences), de shérifs et de détectives privés est normalement un signe indubitable (Aristote dirait : un tekmèrion) d’absolue nullité. Je n’ai jamais rencontré de film où un agent secret rencontrait un garde-frontière, donc je n’ai pas d’avis sur la question.

Chinatown, 1976

 

De même, ne soyons pas sectaires, des films contenant exclusivement des policiers, des shérifs, des US Marshalls, des détectives privés, des gendarmes, des agents secrets, des gardes frontières, des membres de la police militaire ou des agents de l’ATF peuvent également être très très mauvais. Mais c’est quand même rare. Un bel uniforme bien porté à l’écran -si possible accompagné d’un beau pistolet ou d’un gros fusil- est normalement prometteur d’un bon moment de cinéma.

Mais pourquoi donc s’intéresser aux films avec des policiers ? Pour la violence ? Pour les clichés ? Pour le suspense ? Par amour de l’ordre ? Les trois premières raisons sont sans valeur. La dernière est inconsciente, et il est par conséquent difficile d’en parler.

Restent trois raisons objectives. La première est narrative ; les deux autres, pour ainsi dire, atmosphérique :

Raison n°1 : le film avec des policiers représente la quintessence de la construction narrative.

Exemple : L.A. Confidential (Curtis Hanson, 1997)

Raison n°2 : entre les mains d’un réalisateur talentueux, une histoire avec des policiers peut offrir, plus que toute autre, l’occasion de créer une ambiance cinématographique réussie.

Exemple : Mystic River (Clint Eastwood, 2003)

Raison n°3 : sous ses airs popu, le film avec des policiers peut offrir l’occasion d’innovations esthétiques majeures.

Exemple : Point Blank (John Boorman, 1967)

Le problème est que la présence d’un policier (ou d’un shérif, d’un gendarme, bref…) n’est pas à même d’assurer à elle seule la réussite du projet et de créer 1. une bonne construction narrative, 2. une ambiance réussie, 3. un résultat esthétiquement intéressant. La présence de l’une de ces trois qualités est déjà une bonne chose. Deux, cela devient un challenge. Trois, cela devient un chef d’oeuvre.

Prenons quelques exemples en nous appuyant sur des productions récentes : Blood Work (Eastwood, 2002), ainsi, possède la qualité n°1, pas la 2. Quant à la 3, il en est si dépourvu qu’il se trouve entièrement ruiné par le grotesque de la (trop longue) scène finale. The Untouchables (De Palma, 1987), quant à lui, possède la qualité n°2, mais est totalement privé de la qualité n°1. La 3 est totalement absente, c’est du lourd. Police Python 357, (Alain Corneau, 1976), enfin, l’un des polars français les plus nuls jamais réalisé (merci Corneau), est dépourvu de la qualité n°1, mais aussi de la 2 et de la 3. Et pourtant, Yves Montand a un très très gros revolver (le même, d’ailleurs que Harry Callahan, The Big Dirty, c’est dire).

Mais venons en maintenant à trois polars récents dont j’avais tout d’abord décidé de parler ici avant de dériver. Tous trois sont sortis en 2007, et contiennent au moins un policier : Eastern Promises (Cronenberg – policiers + policiers infiltrés), Gone Baby Gone (policiers + détectives privés), We Own the Night (policiers, plein plein plein plein de policiers).

Dans les trois cas, la critique fut unanime. Ulysse sautait dans tous les sens sur les pages de Télérama. Le Monde se pâmait. Et Télé Loisirs décernait à chacun trois Saucissons d’or, la note maximale.

Et pourtant.

Et pourtant, ces trois films avec des policiers sont de qualité inégale. Dans mon palmarès, cela donne :

  • 1. Gone Baby Gone 
  • 2. Eastern Promises 
  • 99. We Own the Night

Finalement, plutôt que de parler des deux premiers, sur lesquels je reviendrai une autre fois, nous allons nous pencher plus précisément sur le 99e film de ce classement. (Spoilers, Watch Out !)

We Own the Night, c’est l’histoire d’un mec (J. Phoenix) qui est un peu malfrat. J’aime quand J. Phoenix joue des malfrats, cela me rappelle la première fois où je l’ai vu (pour autant que je puisse m’en souvenir) dans The Yards… de James Gray. Soit le deuxième film du réalisateur du film don’t nous parlons (We Own Machin…).

Donc c’est un mec qui est un peu malfrat. Il tient une boîte de nuit à NYC pour un parrain russe. Ce faisant, le film présente la qualité n°2 au plus haut point : ambiance disco années 80 (le film commence avec Heart of Glass en bande son, sur un plan de semi-boule), belles scènes de danse avec rupture sur arrières-cours glauques.

C’est alors (*spoiler*) qu’on découvre que Joachim, son frère est un super policier, et que son papa est le chef de tous les policiers de NY. Bon pour le point 2 : le contraste boîte / bal de la police est bien réussi. Mais ruine totale de la qualité n°1 (on ne reviendra pas sur la 3, absente du film : bien cadré, bien monté, rien de fracassant).

Comment comprendre cette totale absence de qualité n°1 ?

La film avec des policiers est, par essence, structuraliste et actantiel. Il y a une histoire qui se déroule, avec des héros qui progressent et qui rencontrent des obstacles selon des schémas bien définis, comportant des variations elles-mêmes définies selon le modèle mis en place par Vladimir Propp à propos du conte traditionnel (Morphologie du conte, 1965).

Le problème, c’est qu’un schéma trop défini n’est propre à séduire que les abrutis. Et que We Own the Night séduit les abrutis.

En effet (*spoiler*), l’idée du film est la suivante : Joachim est devenu malfrat because son Oedipe. Alors il ricane beaucoup face aux policier, joue aux durs, et planque sa filiation auprès de ses potes les gros russes. Un jour, ses potes les gros russes s’en prennent aux policiers et flinguent son frère (ils le ratent, les cons) et son papa (ils le butent, les cons). Alors Joachim est fâché, se met à aimer les policiers, à aider les policiers, à devenir policier lui-même. Sans rire, c’est énorme, mais le scénario n’y va pas par quatre chemins : Joachim s’engage dans le NYPD comme trouffion de base. Et il tue plein de malfrats. Comme ça il venge son papa.

Pourquoi est-ce si nul ? Parce qu’on a là un variante faiblarde du motif du “héros caché”, du méchant qui dissimulait sa nature bénéfique. D’habitude, c’est un policier infiltré (The Departed, mais aussi Eastern Promises, bien que ce soit un peu plus compliqué comme on le verra le jour où j’en causerai). Ici, c’est un type converti en malfrat qui redevient gentil pour faire comme sa famille propre sur elle.

Ce qui signifie que le moteur de l’action, c’est le génome de Joachim. Ses gênes de flic en somme.

 

 

Et d’un point de vue actantiel, les gênes, c’est quand même très très nul…

 

 


Cannes, son tapis rouge, ses Palmes d’Or pour les scénarios de plus de 3h vs. les hommes en collants moulants, les Elus, les Mutants et tous les héros des films de Michael Bay

Posted on : 15-07-2008 | By : JN | In : Art qui bouge (ciné), Pause Lindt

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Pour débuter cette dure et courte semaine, autant commencer avec un peu de fun…

Encore une fois, merci à Jessica and son indexed.com qui réussit à mettre en évidence le lien entre scénario et images de synthéses!

Aprés avoir vu son graphique, je me suis dis: "Purée (ça non, mais je ne peux pas encore vous livrer les noirs desseins de mon âme et ma propension à utiliser un langage de marin portugais sous Mojito), c’est trop vrai!"
Bien entendu, je reste ouvert pour discuter de vos pensées – en accord ou non avec le dessin.

Enjoy !

[card1664.JPG]

PS : Non, je n’ai rien contre les films de Michael BAY (contrairement à d’autres : "Michael Bay est souvent considéré par les cinéphiles comme un piètre cinéaste." : ici) ni contre Michael BAY en personne (mis à part qu’il n’est pas très bon joueur et la dernière fois, à Houston, il a pleuré et boudé quand il s’est fait écrasé au Pikomino par votre serviteur, qui est une star du Piko )

 PPS : Encore une fois pour les non-anglophones:
         – Plot: Scénario
         – CGI (Computer Generated Images) : images générées par ordinateur i.e. images de synthése

 

SFX or not (De la schizophrénie ambiante dans le cinéma hollywodien contemporain)

Posted on : 19-06-2008 | By : David | In : Art qui bouge (ciné)

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Dans une récente interview liée à la sortie imminente de The Dark Knight, le nouvel épisode des aventures de Batman, Christopher Nolan tenait les propos suivants : "Les blockbusters ressemblent de plus en plus à des films d’animation ou à des jeux vidéo. C’est parfois très peu cinématographique, il faut se poser la question du recours à la conception graphique par ordinateur." Propos repris par un Steven Spielberg, faisant son mea-culpa (justifié) quant à l’utilisation abusive des effets numériques dans le dernier Indiana Jones. Situation ironique, quand on repense que c’est le même homme qui 15 ans plus tôt, rejetait certains animatronics du récemment décédé Stan Winston, au profit de dinosaures numériques pour Jurassic Park. A Hollywood, nous voilà donc au point de départ d’une nouvelle querelle entre anciens et modernes.

 

Et cette fois encore, nous douterons de l’intérêt d’une telle querelle, même si elle soulève un problème certain. Car, si les récents Transformers ou Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal (quel titre imbuvable aussi) ont déçu, ce n’est pas tant à cause des effets spéciaux, mais surtout à cause de scripts nullissimes. Heureusement, la récente actualité cinématographique nous rassure quant à l’état de santé du cinéma hollywoodien, grâce à des mavericks aussi radicaux qu’aux ambitions diamètralement opposées.

 

Tout d’abord, parlons du dernier film de M. Night Shyamalan, succédant au cuisant échec au box-office de La Jeune Fille de l’Eau, projet il est vrai un tantinet audacieux, hors-normes et tout de même un brin mégalomaniaque. Rappelons que dans ce dernier, le réalisateur s’était donné le rôle d’un auteur dont le livre devait changer la face du monde tandis que l’un des rares personnages négatifs du film était un critique de films misanthrope, incapable de décrypter les signes proposés par Paul Giamatti, expiant son incompétence crasse par la mort. Je ne soulignerai donc pas plus la subtilité du propos…

 

Revenons en à The Happening (votre serviteur étant allergique au banal titre français de Phénomènes). Afin de tenter de renouer avec le box-office, notre wonder-boy cinéaste renoue avec un sujet fantastique modeste et un cinéma très classique dans la forme. Pour cette histoire de suicides collectifs provoqués par la nature, Shyamalan met en place une mise en scène minimaliste et efficace. Les images des suicides, froides, simples, méthodiques, contribuent à la création d’un climat apocalyptique particulièrement crédible. Par la suite, le moindre brin d’herbe devient suspect et une simple plante verte dans un appartement vous fera sursauter sur votre siège. Il est rassurant de voir Shyamalan, comme le dernier grand cinéaste classique, démiurge héritier de Kubrick et Hitchcock, capable de combiner mise en scène rigoureuse et succès auprès du public. Dommage que le propos du film soit encore une fois alourdi par une fin moralisante et maladroite.

 

A l’opposé de cet objet rigoureux, nous retiendrons une démarche totalement opposée, mais tout aussi louable. avec Speed Racer. Avec leur adaptation d’un dessin animé japonais des années 60 au graphisme bariolé et au scénario stéréotypé, les frères Wachowski viennent de subir un cuisant échec au box-office américain, qui fait le bonheur de tous ceux qui détestent le cinéma des deux frangins depuis Matrix Reloaded. Soit une bonne majorité de la critique et du public. Et pourtant, comme il est dommage de bouder son plaisir devant le spectacle qui nous est offert deux heures durant.

Un festival de couleurs et d’idées visuelles comme rarement vu depuis une paire d’années; des idées de montage et de mise en scène audacieuses (l’utilisation d’aplats en 2D, d’arrières-plans en mouvement illustrant les souvenirs évoqués par Emile Hirsch, les visages des protagonistes utilisés comme des volets pour passer d’un décor à un autre); et, malgrè un scénario convenu et enfantin, des personnages attachants incarnés par des comédiens de talent (juste un regret concernant une Christina Ricci injustement sous-exploitée).

Tourné intégralement sur fond vert, Speed Racer tombe à pic pour faire mentir Christopher Nolan. Car, au final, ce qui compte n’est pas l’omniprésence ou non des effets spéciaux, mais la qualité du scénario et la capacité à faire exister des personnages : c’est à dire là où échoue totalement le dernier Indiana Jones et réussit magistralement Speed Racer. De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace.

Ornithologie et cinéma

Posted on : 11-06-2008 | By : David | In : Art qui bouge (ciné)

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A Hong-Kong, les pickpockets sont surnommés des moineaux. "Sparrow" dans la langue de Shakespeare. C’est aussi le titre du nouvel opus filmique de Johnnie To, qui suit un groupe de quatre pickpockets, qu’une mystérieuse jeune femme va arnaquer avant de demander leur aide afin de se libérer du joug d’un mystérieux caïd.

 

 

Le titre du film est évidemment à sens multiple et l’on cherchera qui est donc ce "moineau". Kei, l’élégant pickpocket interprété par l’acteur fétiche de To, l’excellent Simon Yam, capable d’organiser une opération massive et de coordonner quatre vols simultanèment, au cours d’une séquence magistralement découpée où les victimes et les pickpockets se croisent et se succèdent, les voleurs semblant suspendre le temps pour s’occuper de leurs victimes. A moins qu’il s’agisse de Chun Lei, la femme fatale qui séduit et arnaque chacun des membres du gang de Kei, les prenant chacun à leur propre piège.

 

Non, le moineau, ici, est bien évidemment le réalisateur Johnnie To. Tout comme dans la séquence d’ouverture où un moineau s’obstine à rentrer dans l’appartement de Kei, comme attiré par le projecteur sur lequel il va se poser, Johnnie To est inlassablement fasciné par les néons de Hong-Kong, ville qu’il ausculte un peu plus à chacun de ses films. En la dessinant et en maîtrisant sa géographie, le réalisateur s’affaire à conserver une trace de cette ville qu’il aime et dont il appréhende le futur, à cause de la menace de la retrocession totale à la Chine en 2046. A chaque film, il aborde différemment son terrain de jeu et, avec Sparrow, c’est sous l’angle du polar et de la comédie musicale. Bien qu’il n’y ait aucun passage musical proprement dit, le film au scénario mince comme une feuille de cigarette séduit grâce à sa bande originale omniprésente et aux chorégraphies des actions des pickpockets. Pour culminer dans une séquence anthologique où au ralenti, deux gangs de pickpockets couverts de parapluies, se défient et exécutent diverses manoeuvres pour se disputer le passeport de Chun Lei. Johnnie To invoque ici à la fois Sergio Leone et Jacques Demy, Pour une Poignée de Dollars et Les Parapluies de Cherbourg pour livrer au final un film jazz, aussi bien par sa légèreté que par la rigueur et la perfection de son découpage.

Le Cahier de Hana Makhmalbaf, ou : Sa Majesté des Mouches, étape d’après

Posted on : 04-05-2008 | By : Aurelie | In : Art qui bouge (ciné)

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Le Cahier

Je pars en premier lieu du principe qu’il ne s’agit pas d’un film métaphorique sur l’horrible société des adultes imitées par des enfants pour montrer combien elle est horrible, parce que dans ce cas ce serait assez piteux.

Dans «Lord of the Flies», une bande de jeunes enfants anglais chics faisait naufrage et se retrouvaient livrés à eux-mêmes sur une île déserte. Au début, ça se passe bien, ils prennent le thé, tout ça, et puis ils finissent pas s’entre-tuer sauvagement, avant que des adultes ne viennent les sauver.
Ce qu’on voit dans «Lord of the Flies», c’est que la face obscure de la civilisation, c’est la barbarie.

«Le Cahier» se passe en Afghanistan, au pied des montagnes où ont été dynamités les Buddhas du Bamyan.
On ne peut donc pas vraiment dire qu’on est dans la civilisation.
C’est même plutôt le contraire.
Mettre en scène des enfants dans ce contexte retranscrit «Lord of the Flies» à partir de la barbarie.
Donc, quel va être la face obscure de la barbarie ?

Le film, qui s’ouvre sur la video de dynamitage des Buddhas, montre qu’on est déjà plus dans la civilisation.
Et ce que le film montre à travers les enfants (les adultes disparaissent très vite de l’écran, ou sont étrangement inattentifs), c’est que le contrepoint de la barbarie, c’est tout simplement la matière.

Une statue dynamitée devient un tas de cailloux.
Le cahier déchiqueté devient un tas de papier.
Les enfants sont filmés sans les adultes, au milieu du paysage.
Matière retournant à la matière.
Comme le montre l’image finale.
(Que je ne vais pas raconter, je ne suis pas un sale spoiler).

Donc on peut dire que «Le Cahier», c’est «Sa Majesté des Mouches», mais encore l’étape suivante.

Une petite réserve envers le distributeur français : le titre anglais est «Et Buddha s’en est écroulé de honte», pourquoi avoir traduit par «le cahier» ?
Parce qu’il s’agit de la soeur de la réalisatrice du «tableau noir» ?
Et le prochain film de la famille Makhmalbaf, vous allez l’intituler comment ?
«La craie» ?
«Le tampon à effacer» ?
«Le crayon» ?
Non mais franchement, quel intérêt de tout transformer en «Choristes» ?

Eric Elmosnino, je t’aime, je t’adore (suite)

Posted on : 28-04-2008 | By : Aurelie | In : Art qui bouge (ciné)

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Bon, Eric je t’aime, Eric je t’adore, ça, on le savait déjà.

Mais que vois-je ?

Tu vas jouer mon adoré Gainsbourg ?

Sous la direction de mon adorissimé Joan Sfar ?

<b>Eric Elmosnino</b>

Photo trouvée sur le site du Figaro

C’était tellement évident, cette grâce sensuelle, cette nonchalance implacable, c’est toi ! c’était lui !

Comment avais-je pu ne pas y penser ?

Sfar est vraiment un génie.

Rha, c’est trop, je défaille.

 

Soyez sympas, rembobinez, de Michel Gondry, ou : la fabrique du cinéma

Posted on : 17-03-2008 | By : Aurelie | In : Art qui bouge (ciné)

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Soyez sympas rembobinez - Affiche américaine

 

La joie propre du cinéma populaire, ce n’est pas tant de voir les films que de se les raconter après.
J’ai pour ma part passé d’excellentes soirées cinéphiliques à raconter dialogues et détails du décor d’ « Hot Shots » 1 et 2 avec d’autres intellectuels souffreteux.

Casino Royale, ou : James Bond chez les beaufs

Posted on : 16-01-2008 | By : Aurelie | In : Art qui bouge (ciné)

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Casino Royale

James Bond a-t-il jamais été chic ?

Comment puis-je répondre à cette question, moi qui n’ai vu que GoldenEye ?

Pour la femme de goût qui n’a jamais vu qu’un James Bond dans sa vie, flotte sur l’espion au double zéro le parfum du gars couillu qui sauve le monde avec classe.
Quelle déception !
Quel désappointement !