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A mort les pubs du Bon Marché

Posted on : 19-01-2009 | By : | In : Art commercial (pub)

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Comme je travaille régulièrement du côté de Sèvres-Babylone et que je prends souvent la ligne 10 du métro parisien, je n’échappe à aucune des atroces campagnes de pub du Bon Marché, qui représentent tout ce qu’il y a de haïssable dans la société française.
Les pubs du Bon Marché, par leur absence totale de second degré, sont parmi les plus aliénantes du métro parisien.

Parisianocentrisme en premier lieu. Ce qui paraît normal pour un magasin sis à Paris. Mais le slogan du Bon Marché montre tout ce que cette présentation représente de fermeture d’esprit. En effet, en se proclamant comme représentant de la “rive gauche”, le slogan induit implicitement une opposition avec la rive droite, et par cette opposition binaire rive gauche/rive droite, crée un effet d’exhaustivité, (rien d’autre ne peut être ajouté, la gauche ne s’oppose qu’à la droite ), qui exclut toute autre proposition de cette alternative.
Quid de l’étranger ?
Quid de ce qui n’est pas occidental ?
Je ne parle pas de la province, évidemment.

bon marche soldes

Image trouvée sur le blog de nauconsultants.com

On voit d’ailleurs que lorsque la photo représente une plage, elle est travaillée pour que cette chose n’existant pas à Paris (la mer) soit présentée comme une entité irréelle et en carton.

En plus, opposer la rive gauche à la rive droite, c’est fonctionner sur un mythe, encore typiquement français. C’est la rive gauche chic et intello face à la rive droite populeuse.
Comme si en achetant tes collants au Bon Marché, tu était en gros l’héritier de Sartre et de Juliette Gréco.
Et si tu as juste besoin de t’acheter des collants ?
Et ben tu vas chez Carrouf, pétasse !
Donc, en t’achetant tes collants, tu participes à la consécration de la rive gauche chic, sociable et intello. Tu n’es plus toi-même, tu es l’héritière de Sartre avec tes collants DIM. C’est pour ça qu’ils sont plus chers, note.

Cette aliénation aux mânes de la NRF par le biais de l’enrichissement de Bernard Arnault (le Bon Marché appartient à LVMH) est particulièrement pénible dans l’immonde pub pour la Grande Épicerie (où on ne trouve pas grand chose, contrairement à la rumeur qui circule à Paris. N’importe quel Niçois vous dira que Cap 3000 est beaucoup mieux achalandé).
La voici :

affiche du Bon Marché avec Audrey Marnay

Photo trouvée sur le blog de lorandesign

Ce slogan présente une vie standardisée :
“De quoi parlerez-vous au dessert” : je donne des dîners, je reçois chez moi. C’est l’archétype du “dîner en ville” qui caractérise les gens de la rive gauche entretenant leur réseau. Tu achètes un gâteau au Bon Marché, tu fais partie de l’élite pensante du pays.
“Littérature” : tu es rive gauche. Tu es l’héritier de Sartre, (et par conséquent de BHL).
“Design” : tu es branché, tu es au fait de ce qui se passe dans le monde. Le monde ? Qui vient rive gauche, bien sûr.
“ou chocolat ?” : tu est quand même un jouisseur, un hédoniste, un mec qui ne vit pas entièrement dans ses bouquins, tu sais te faire plaisir. Tu es capable de te taper une heure de file d’attente sous la pluie pour entrer au “Salon du Chocolat” à te faire presser par des rombières emperlousées en manteau de fourure machouillant des chocolats trop sucrés qui se collent à leur dentier.
Audrey Marnay… : tu la reconnais, tu es branché.
…coiffée comme Louise Brooks. C’est l’élégance éternelle, bien sûr. Et quand tu penses combien Louise Brooks a fait scandale dans les années 20 auprès des rombières de l’époque, ancêtres des rombières actuelles du Bon Marché, ça fait mal.

Et si tu veux juste manger un gâteau au chocolat avec tes vieux potes en racontant vos vies ?
Ben, tu vas Rive Droite, péquenot !

Comments (1)

Bonjour.

Je n’ai pas du tout la même perception que vous de ces publicités, et je vais tenter de vous faire comprendre la mienne.
Je veux bien reconnaître que ces publicités ne sont pas à prendre complètement au second degré (mais un peu tout de même, car il y a plusieurs “niveaux” de second degré), et que finalement, parmi ceux à qui elles s’adressent, certains soient effectivement du genre à parler design, litérature, ou chocolat.
Mais ces publicités s’adressent à tout le monde, et elles sont fabriquées pour véhiculer une certaine image du bon marché — en l’occurrence une image de luxe, de haute société, plus généralement de grandeur (et bien sûr surtout, dans la suite sogique de tout cela, une image de qualité), qui pour vous (pour laquelle ces pubs ne fonctionnent pas du tout), est plutôt synonime de snobisme, ou pire, de pédence.

Je ne connais pas ce monde branché dans lequels des gens de qualité parlent culture ou tendence, mais j’en ai l’image d’un monde tout aussi artificiel que les autres (pas plus cependant, à tort, peut-être). Pourtant ce n’est pas à ce monde bien réel que ces publicités font référence pour moi, car elles ne sont pas ancrées dans la réalité, mais plutôt à monde fictif idéalisé, où reigne luxe, plaisir et finesse. Ce monde caricatural peut plaire à certains et dégoûter certains autres. Pour ma part j’ai plaisir à le rencontrer, parfois, dans les détours d’un couloir du métro.

Les voyant, ces publicités, et les appréciant car les photographies qui les constituent font preuve en général d’une certaine poésie ou d’une certaine douceur, je ne cherche pas à creuser leur discours car il reste pour moi aussi artificiel que tous les discours publicitaires. Et c’est pourquoi je pense qu’on aurait tort d’y voir une quelconque idéologie qui placerait Paris au centre du monde, mépriserait la province et je ne sais quoi d’autre.
Je suis un peu chagriné qu’on associe ce mauvais esprit à ces publicités, car je les aime bien, néanmoins je dois reconnaître que certaines d’entre elles sont un peu prétentieuses, et en deviennent à cause de cela un peu antipathique (“Demandez à Karl ce qu’il pense de Lagerfeld”). Mais là encore, ces publicités ne sont pas ancrées dans la réalité, et sont à prendre en partie au second degré…

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